Droits de l’homme et droits du Juif

Trois événements lourds d’enseignement pour la condition juive viennent de se produire. La Cour Européenne des Droits de l’homme vient d’annuler le principe établi par la Cour de cassation française. Désormais les boycotteurs palestinistes d’Israël ne pourront plus être poursuivis devant les tribunaux. Appeler à faire d’Israël le Juif des nations sur la base d’accusations idéologiques relèvera des droits de l’homme , de la liberté d’opinion, quitte à ce que cet appel à la haine suscite des vocations comme celles du Mohamed Merah voulant venger « les enfants de Gaza ».

 

Le deuxième événement  est du même acabit, avec la procédure que la procureure Fatouh Bensouda, de la Cour Pénale Internationale de la Haye vient d’entamer contre l’Etat d’Israël pour crimes de guerre – et pourquoi pas crimes contre l’humanité?

 

Le troisième événement, toujours du même acabit, s’est produit cette fois ci en Israël où la Cour suprême vient, au nom des droits de l’homme, d’annuler une loi pourtant votée par la Knesset et qui concerne le droit du peuple juif sur la Terre d’Israël.

 

Dans ces trois événements, l’homme – les droits de l’homme – est invoqué contre le Juif. C’est un trait déterminant du nouvel antisémitisme qui a débuté avec la première conférence de l’ONU à Durban en Afrique du Sud, lorsque l’antiracisme s’est allié à l’antisémitisme (par procuration de l’antisionisme) pour mettre les Juifs au ban de l’humanité, de la condition humaine, des « droits de l’homme », première étape avant de leur asséner le coup fatal.

Le BDS, le palestinisme dans toutes ses formes, le postmodernisme sont devenus plus tard les guerriers de cette nouvelle haine, cette fois ci à hauteur de l’humanité, de la planète. C’est l’apartheid qu’elle agite contre Israël comme un épouvantail pour mieux cacher l’inverse qu’elle projette: la mise au ban d’Israël.

 

Ce que nous avons ré-expérimenté, alors, c’est la nudité de l’homme juif qui a hanté la modernité depuis l’Emancipation, car l’égalité et la citoyenneté ne furent données aux Juifs qu’au nom des droits de l’homme, c’est à dire données à l’homme dans le Juif et non au juif dans l’homme, au sujet de droit abstrait et non à l’homme réél, à l’individu et non au peuple juif, à l’espèce humaine et non à l’identité juive. C’est cette nudité du Juif comme homme qui a été le paysage de l’extermination. Les droits de l’homme s’avèrèrent alors n’être que les droits du néant quand les Juifs perdirent leurs nationalités et leurs citoyennetés.

 

L’Etat d’Israël que les droits-de-l’hommistes veulent transformer en ghetto, incarne justement ce que le sionisme à apporté à l’homme dans le Juif: la citoyenneté, la condition de peuple, l’identité libre, la liberté et la capacité de se défendre. Ce que les palestinistes et les boycotteurs veulent détruire, c’est le Juif dans l’Homme, le sioniste dans le Juif, la citoyenneté juive dans la condition humaine. Aujourd’hui les droits-de-l’hommistes visent à pulvériser les droits du citoyen, la souveraineté de l’Etat, la légitimité de la société démocratique. Citoyens de tous les pays, unissez-vous!

*chronique sur Radio J le vendredi 12 juin 2020

Professeur émérite des universités, directeur de Dialogia, fondateur de l'Université populaire du judaïsme et de la revue d'études juives Pardès. Dernier livre paru Le nouvel État juif, Berg international, 2015; en hébreu Gvuloth Auschwitz, Resling, 2016.