Emmanuel Macron, Ramy Shaath, la présidentielle, et l’avenir de la France

Emmanuel Macron vient de remporter une victoire. Sa démarche très insistante auprès du président égyptien Abdel al-Sissi – « nous n’avons rien lâché » insiste-t-il avec emphase – a abouti à la sortie de prison de Ramy Shaath, un égypto-palestinien, et à son accueil bienveillant à Paris dans la journée du 8 janvier.

Qui est Ramy Shaath ? C’est l’un des plus notables cerveaux de l’antisionisme radical palestinien dans le monde. Il a été le cofondateur du mouvement BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) qui a pour objectif explicite la destruction d’Israël, et il s’est consacré à son organisation et son développement en Égypte. Etrangement, Macron qui avait identifié naguère sans ambigüité l’antisionisme à une forme d’antisémitisme, n’y a vu rien à redire. De même l’illégalité du boycott en France, l’ADN de Ramy Shaath,  est attestée par les consignes données par les  préfets sur instruction gouvernementale. Shaath a néanmoins assuré dès son arrivée qu’il « continuerait. »

Par ailleurs Ramy Shaath s’est investi dans le désastreux « printemps arabe » en Égypte qui a abouti au renversement de Hosni Moubarak et son remplacement par le régime islamiste de Mohamed Morsi. Celui-ci représentait les Frères musulmans, la principale obédience islamiste et terroriste du monde sunnite. Quand Morsi a été renversé par l’actuel président égyptien en 2013, Ramy Shaath est devenu un opposant actif au régime, à l’instar des Frères musulmans.

Il faut savoir qu’Abdel al-Sissi est célèbre pour avoir appelé les autorités de l’Université Al Azhar, qui donnent le ton à l’islam sunnite, à une révolution religieuse anti-terroriste:

 » Nous avons atteint le stade où les musulmans se sont mis à dos le reste du monde. Est-il concevable que le 1,6 milliard [de musulmans] veuille tuer le reste d’une population mondiale de 7 milliards, pour permettre aux musulmans de prospérer ? Ce n’est pas possible! (…) Le monde entier, je le répète, le monde entier attend votre prochaine initiative … parce que cette Oumma [communauté de tous les musulmans du monde] est en train de se déchirer, elle est en train de se détruire, elle est en train de se perdre – elle est en train de se perdre, et cela de nos propres mains. »[1]

C’est ce nouvel engagement politique et moral de l’Etat égyptien qui conduisit Ramy Shaath à s’investir dans l’opposition au régime et à passer deux ans et demi en prison.

La prise de parti, disons même l’ardeur d’Emmanuel Macron pour ce genre personnage est à rapprocher de deux votes à l’assemblée générale de l’ONU en décembre, où la France s’est démarquée d’autres pays européens de poids, entre autres de l’Allemagne.

A la différence de son alter ego du couple européen, Macron a voté pour une résolution interdisant toute dénomination non arabe du Mont du Temple, niant ainsi le lien et l’antériorité historique des Juifs (mais aussi des chrétiens) dans ce lieu saint emblématique, et donc leur relation avec Jérusalem.

Lors d’un second vote, à la différence de l’Allemagne et d’autres occidentaux, il a voté en faveur du financement d’un objet juridique inconnu à ce jour. Il s’agit d’une commission d’enquête perpétuelle (sic!) sur les crimes d’Israël suite aux affrontements de mai 2011 où le Hamas a tiré plus de 4000 roquettes et missiles sur les villes d’Israël. La commission dotée d’un budget de 5 millions de dollars engagera 24 enquêteurs experts des droits de l’homme, alors que l’on en compte 10 pour toute l’Asie.

L’alignement d’Emmanuel Macron sur le radicalisme islamique mondial  matérialisé par l’accueil réservé à Ramy Shaath et ses votes à l’ONU, en décalage de ses partenaires européens les plus notables, incite à une réflexion sur la présidentielle prévue pour le mois d’avril.

Pour penser cet évènement, il est judicieux de projeter la France dans l’avenir à moyen-terme.

Comment va évoluer le phénomène de massification démographique islamique dans l’hexagone ? Dans son ensemble, l’immigration musulmane assure aujourd’hui en France des fonctions essentielles pour le pays et le bien-être collectif. En témoigne sa présence décisive dans les secteurs des services, de la construction, de la sécurité, de la santé, etc.

Mais en même temps les musulmans semblent diverger globalement de plus en plus des normes et du mode de vie de la nation. Leur jeunesse est majoritairement acquise à l’idée de la supériorité des lois de Dieu sur celles des hommes, et des zones entières vivent sous une espèce de charia. Le refus violent de la souveraineté de l’état français et de ses lois, le mépris pour les « Gaulois, » conduisent à une montée irrépressible des affrontements, une compétition ethnique sur l’espace public, et à une véritable sécession. En d’autres termes, à moyenne échéance, sur les tendances actuelles, la France va à la guerre civile.

Le seul espoir de solution réside dans un tarissement strict des immigrations musulmanes et la déconnexion des musulmans nationaux des influences guerrières du radicalisme islamique qui dévore aujourd’hui l’immense planète musulmane, mais aussi nos banlieues. Il faut réduire les liens des musulmans de France avec la Oumma et majorer leur imprégnation par la culture et les valeurs occidentales. Une part majeure du destin du pays se joue désormais sur cette question. Il n’y a pas d’autre solution pour désamorcer l’éruption du désastre sanglant qui menace.

Or en s’alignant sur le radicalisme sunnite mondial, en mettant toute son ardeur à ouvrir les portes de la France à un boute-feu du calibre de Ramy Shaath, Emmanuel Macron renforce les connexions entre les masses musulmanes de France et l’islam conquérant, étranger et autochtone, au lieu de tout faire pour les rompre.

Voila une question qu’il faudra bien poser dans la perspective des présidentielles d’avril prochain.

[1] Le 1er janvier 2015 http://raymondibrahim.com/2015/01/01/egypts-sisi-islamic-thinking-is-antagonizing-the-entire-world/

 

Publié le dimanche 9 janvier 2022 sur le Bloc Note de Jean-Pierre Bensimon:

http://www.lebloc-note.fr/2022/01/emmanuel-macron-ramy-shaath-la.html

Ancien professeur de sciences sociales et consultant en stratégie d'organisation, rédacteur en chef de la revue Controverses.