Le spectre de la « paix »

Une nouvelle tourmente s’annonce avec le plan Trump prévoyant l’annexion de la vallée du Jourdain par Israël et la création d’un Etat palestinien en Samarie. C’est le retour du « spectre » de la paix, car nous avons vu, et notamment depuis Oslo, que toute agitation du leurre de « la paix » s’accompagne d’une véritable guerre larvée. Ainsi la signature par Arafat des accords d’Oslo fut suivie quasiment le lendemain d’une violente campagne de terrorisme qui entraina la mort de centaines de  civils israéliens, tandis que l’acquiescement par Israël à cette procédure unique dans son genre dans les annales diplomatiques (le vainqueur d’une guerre d’agression demande à l’ennemi défait de le reconnaître, ce qu’il n’a toujours pas fait), a été suivie d’une attaque mondiale contre le « racisme », l' »apartheid » israéliens, dès le début des années 1990. C’est alors que le BDS est né dans les campus en proie à la domination d’une idéologie anti-démocratique, une métastase du marxisme, le post modernisme, qui fournit le fond théorique de la haine des Juifs mondialisée. Ces développements s’accompagnent toujours d’une sorte de happening mondial, surtout occidental, avec déclarations, mises en garde, appels dont la seule motivation – inconsciente- c’est qu’Israël ne sorte surtout pas des limites d’un Etat à la raison d’être humanitaire, pour ne jamais devenir un Etat véritablement souverain. Que l’on examine en effet tous les plans de partage que l’Occident « ami » d’Israël a élaborés durant un siècle: ils contribuent tous à faire d’Israël un Etat croupion à la défense impossible. L’Occident ne veut pas d’un Israël  souverain. Le Plan Trump s’inscrit aussi dans cette catégorie. La meilleure preuve c’est qu’il l’a fait porter par l’entourage juif du président: la pire des situations et un indice des « renoncements douloureux » qu’Israël devra faire (sans compter que cette annexion frelatée découlerait d’une souveraineté par procuration américaine!). Or, la création d’un tel Etat dans ce territoire  exigu en fera une bombe à retardement, qui menacera le cœur du territoire israélien mais qui ne s’arrêtera pas là: l’Autorité Palestinienne instrumentalise déjà la minorité palestinienne d’Israël pour influer du dedans sur le devenir de l’Etat, ce que montre la « Liste arabe unifiée » qui conteste ouvertement ses fondements. Cet Etat irrédentiste appellera la majorité palestinienne de Jordanie à se rebeller contre le régime des Hashémites. Pour ne pas parler du corridor de Gaza qui coupera Israël en deux. Une guerre et une instabilité permanente s’installeront. Sur un plan géostratégique et du point de vue de l’intérêt vital d’Israël, il n’y a en Samarie aucune place pour un troisième Etat. Il y a déjà en effet un Etat arabe dans ce qui fut le mandat sur la Palestine de la SDN, que la Grande Bretagne trahit en donnant la Transjordanie à la dynastie hachémite alors que sa population est en majorité palestinienne.

 

La majorité du public israélien a avec raison perdu définitivement toute confiance dans les engagements des Palestiniens et dans leur volonté de paix. Elle a eu la preuve que la guerre que les Palestiniens mènent contre Israël est avant tout de motivation religieuse et que sur ce plan là aucune entente n’est possible si ce n’est sur la base d’un équilibre des forces. Celà n’empêche pas les idiots utiles de se réveiller comme le montre la manifestation de Tel Aviv. Ils souffrent d’une amnésie historique qui a fait l’impasse sur l’histoire des 30 dernières années, en promouvant l’idée que l’Etat d’Israel constituerait en soi une injustice congénitale: la terre serait palestinienne et le conflit serait au mieux un conflit national, opposant deux nationalismes sinon une guerre coloniale.  Ils se sentent coupables dans l’âme et  à nouveau prêts à faire ce que Shimon Peres avait appelé « les sacrifices pour la paix ». Et je n’évoque ici ni les droits du peuple juif ni ceux de la population israélienne qui sont les véritables fondements de la souveraineté. Les Juifs, responsables des catastrophes qui les assaillent? Et tout ce cortège de néant qui revient nous hanter!

 

 

Post scriptum: le ministre allemand des affaires étrangères fait ce jour une première visite en Israël. Il porte deux messages: l’Allemagne contribuera aux travaux de Yad Vashem pour un million d’euros et l’Allemagne met en garde Israël contre des sanctions européennes s’il se livre à des annexions. CQFD.

 

 

*Une chronique dans Actualité juive du 10 juin

 

Professeur émérite des universités, directeur de Dialogia, fondateur de l'Université populaire du judaïsme et de la revue d'études juives Pardès. Dernier livre paru Le nouvel État juif, Berg international, 2015; en hébreu Gvuloth Auschwitz, Resling, 2016.