Les Druzes israéliens

La communauté druze en quelques chiffres et repères.

 

Citoyens et résidents

La population druze en Israël compte 143.000 personnes (chiffres du Bureau Central des Statistiques pour la fin 2018), soit 1,6% de la population totale. La majorité, quelque 120.000 personnes, sont des citoyens israéliens, les autres sont des résidents israéliens vivant sur le Plateau du Golan, conquis par Israël en 1967 et qui ont quasi unanimement refusé de prendre la citoyenneté lors du vote de la loi d’annexion de 1981.

Démographie

Une population vieillissante

En 2017, le taux de croissance de la communauté druze a été le plus faible de la population nationale : 1,4%, contre 1,7% pour la population juive et 2,5% pour la population musulmane.

L’âge médian est de 27,9 ans. En 2000, il était de 21,9 ans.

Les Druzes se marient également de plus en plus tard. L’âge moyen de mariage est de 28,6 ans pour les hommes et 24,5 ans pour les femmes (chiffres Bureau Central des Statistiques 2016).

Le pourcentage de célibataires a doublé en vingt ans. En 1996, il était de 37% chez les hommes de 25-29 ans. Il est passé à 63% en 2016. Chez les femmes de 20-24 ans, le pourcentage de célibataires est passé de 46 à 63% durant la même période.

Même chez les plus âgés, le célibat a progressé. Pour les 40-44 ans, il a progressé chez les hommes de 2 à 6% en 20 ans et de 10 à 12% chez les femmes.

En 2017, on a enregistré 2350 naissances dans la communauté druze, soit 1,3% de la totalité des naissances en Israël, alors que la population druze y représente 1,6%.

Une femme druze donne en moyenne naissance à 2,1 enfants, contre 3,2 pour une femme juive, 3,4 pour une femme musulmane et 1,9 pour une femme chrétienne.

Depuis 1964, le taux de fécondité des femmes druzes a chuté de 72%.

La structure familiale reste pourtant traditionnelle. Les foyers druzes restent les ceux qui comportent le plus d’individus et 80% des familles comportent un couple et des enfants (de tout âge). C’est le taux le plus élevé de toutes les communautés en Israël.

Mais ces chiffres s’expliquent aussi par le faible taux de célibataires en habitat individuel : 7% contre 21% dans la population juive. En outre, 16% des plus de 65 ans vivent seuls, contre 23% dans la population juive.

Répartition géographique

Les Druzes sont établis dans le nord d’Israël (81%) et dans le district de Haïfa (19%). Ils résident essentiellement dans des localités à population exclusivement druze. Sur leurs 19 localités de résidence, 13 sont druzes à plus de 95%, dont 8 à 100%. Les deux localités les plus importantes sont Dalyat al Carmel et Yarka avec plus de 16.500 habitants chacune.

Education

Le taux de réussite au baccalauréat est le plus élevé de la population nationale. Il atteint une moyenne de 79% chez les Druzes, contre 66% chez les Juifs et 62,4% chez les Arabes musulmans.

Comme dans la  population arabe, on constate une augmentation de la représentation dans les études supérieures. Le nombre d’étudiants druzes a triplé en 18 ans, quand le nombre total d’étudiants n’a été multiplié que par 1,6.

78% font un 1er cycle, 19,8 un 2e cycle et 1,4% des études de 3e cycle.

Les disciplines les plus étudiées sont les sciences sociales et l’éducation, respectivement pour 21%, suivies par l’ingénierie et l’architecture (17%). Les étudiants druzes sont d’ailleurs les plus nombreux à étudier les sciences sociales en 1er cycle, sur la moyenne nationale.

Les femmes sont également plus nombreuses que les hommes à suivre des études supérieures. Elles représentent 65,9% des étudiants druzes en 1er cycle et 63% en 2e et 3e cycles.

Entre 2010 et 2017, le nombre de diplômés de 1er cycle a été multiplié par 2,8.

Population active

En 2018, on comptait 71,1% d’hommes actifs dans la communauté druze, contre 59,5% dans la population musulmane. Le taux de femmes druzes actives pour la même période était de 43,2% contre 26,6% dans la population musulmane.

Les Druzes ont essentiellement des emplois qualifiés dans l’industrie (28,9%), dans le commerce et les services (22,4%), dans l’administration locale, la fonction publique et la sécurité (14,8%) et 14,7% sont ouvriers dans l’industrie.

Service militaire

Les jeunes gens druzes israéliens effectuent leur service militaire obligatoire dans les rangs de Tsahal, en vertu d’une loi votée en 1956, à la demande de la communauté druze. Tout d’abord affectés à des bataillons spécifiquement druzes, ils ont été progressivement intégrés dans tous les corps et unités de l’armée israélienne. En 2015, le bataillon « Herev » druze a d’ailleurs été démantelé. Tsahal compte environ 2.500 Druzes, dont environ 300 officiers. Parmi eux, quarante lieutenants colonels, onze colonels, un général de brigade et un général de division. 15% des Druzes servent dans les gardes-frontière, 9% dans le commandement de la défense civile (Pikoud Haoref) et les autres dans diverses unités. Depuis 2005, ceux qui le souhaitent peuvent effectuer un service civil, ce qui a permis aux jeunes filles druzes d’y participer. Au moins deux officiers druzes ont passé avec succès le cours de pilote de combat et des Druzes servent également dans l’unité commando d’élite de l’état-major, la « Sayeret Matkal ».

Juridictions et institutions

Pour les affaires civiles et d’administration locale, les Druzes sont soumis aux mêmes institutions que le reste des citoyens. Par ailleurs, la communauté druze israélienne a à sa tête un chef spirituel, le Sheikh Mowafak Tarif, désigné à cette fonction par son prédécesseur et grand-père, le Sheikh Amin Tarif, qui avait été le leader de la communauté durant 65 ans, jusqu’en 1993. Le chef spirituel joue un rôle d’autorité morale pour la communauté, mais il est aussi un interlocuteur privilégié du pouvoir central.

Depuis 1963, les Druzes disposent de tribunaux religieux spécifiques pour tout ce qui concerne leur statut personnel. D’abord placés sous la tutelle du ministère des Cultes, ils dépendent aujourd’hui du ministère de la Justice. Ils sont composés de deux juridictions de première instance et d’une cour d’Appel, dont le président est d’ailleurs le Sheikh Mowafak Tarif. Ces tribunaux sont compétents pour les mariages, les divorces et les successions.

 

 

Pascale ZONSZAIN, rédactrice en chef de Menora.info, journaliste. Couvre l’actualité d’Israël et du Proche-Orient pour les médias de langue française. Auteur de nombreux reportages et enquêtes sur les sociétés israélienne et palestinienne.