Une « communauté » LGBT?

Le principe même d’un tel dossier pose un problème d’ordre épistémologique. Dans la mesure où le critère de l’existence d’une « communauté » est en règle générale d’ordre ethnique, national ou religieux, faut-il compter l’existence d’une « communauté LGBT » dans la mosaïque des « communautés » (migzarim, sections) qui composent la société israélienne?

 

Le sexe peut-il être en effet le fondement d’une « communauté » ? Une communauté relève d’un ordre de réalité plus grand qu’une simple association: son existence s’inscrit dans la structure sociétale de la société et pas seulement sociale, ce  qui, dans ce dernier cas ne la ferait pas relever des « structures » mais de l’opinion et de la libre association, d’une manière d’être (d’un « habitus » dirait le sociologue Bourdieu).

 

La question posée est la suivante: le sexe constitue-t-il une des caractéristiques de la citoyenneté? Y-a-t-il, doit-il y avoir, une citoyenneté sexuelle en plus de la citoyenneté « nationale », politique? Jusqu’aux années 1990, la chose n’était pas évidente  dans la conception démocratique, et surtout il n’y avait pas eu de « politisation » du sexe. Ce dernier était compté en dehors de la politique. C’est la cause féministe qui a installé la revendication d’une dimension spécifiquement liée au « sexe », au nom de l’égalité des citoyens et des … citoyennes. En réclamant la « parité » dans la citoyenneté, elle installait le critère sexuel dans la citoyenneté abstraite et globale, réputée « universelle », sans aucune mention de spécificité.

 

Cependant nul n’a jamais parlé jusqu’à présent de l’existence d’une « communauté » des femmes à reconnaître comme structure spécifique d’une société  rassemblant des communautés. Cette étape féministe a néanmoins ouvert la voie à l’institution d’une « communauté » LGBT, optant pour un différencialisme radical, voire un séparatisme qui élevait une tendance et un choix sexuels à hauteur des « communautés » inscrites dans la structure nationale.

 

C’est bien ce que revendiquait ce qui devenait alors un « mouvement » d’ordre politique et idéologique avec toutes les caractéristiques propres à une telle réalité. L’homosexualité fut promue comme une valeur universelle, au point de qualifier l’hétérosexualité de totalitarisme et de colonialisme. La cause homosexuelle s’appuya sur une  double victimitude pour justifier la levée citoyenne. D’un côté, l' »homophobie » fut comptée au rang du racisme et de la « judéophobie » (cf. l’évocation des déportés au triangle rose), de l’autre,  le Sida fut érigé en grande cause publique et humanitaire afin de financer les solutions pharmaceutiques pour combattre un virus qui s’était au départ propagé dans les milieux homosexuels. En un mot, ce qui devenait la « cause » homosexuelle s’inscrivit dans les nouveaux droits de l’homme de l’époque postmoderniste, ce qu’avalisèrent le droit et le pouvoir exécutif. C’est ce qui explique pourquoi, sur le plan de la réalité, le sociologue inscrit la communauté LGBT dans l’ensemble des « communautés » spécifiques qui se manifestent et s’identifient comme telles dans la société israélienne.

Professeur émérite des universités, directeur de Dialogia, fondateur de l'Université populaire du judaïsme et de la revue d'études juives Pardès. Dernier livre paru Le nouvel État juif, Berg international, 2015; en hébreu Gvuloth Auschwitz, Resling, 2016.