Questions d’identité

Une identité chrétienne en Israël ne peut qu’être un condensé de matières fissiles dans l’ordre symbolique. Longtemps les Palestiniens chrétiens se sont tenus aux côtés de l’OLP, se chargeant de l' »explication » de la cause palestinienne à la chrétienté occidentale. N’oublions pas en effet que ce sont eux qui, en Syrie-Liban, ont inventé le nationalisme arabe… Puis on les a moins entendus, au fur et à mesure que l’OLP s’islamisait. De ce point de vue, l’interview dans ce dossier du représentant des « Araméens » est très significative. Il ne veut en aucune façon être identifié aux Arabes tout en s’identifiant fortement à Israël. On sait combien cette communauté fut dans le passé victimes de massacres islamiques et jeune-turcs et combien elle l’a été aujourd’hui sous la férule de Daech. Les Araméens, effectivement, ne sont pas des Arabes: ils font partie comme les Juifs des peuples premiers, installés au Moyen Orient bien avant l’invasion arabe (7ème siècle). Les premières communautés chrétiennes sont nées parmi eux. Ils survécurent à cette invasion en adoptant sous la contrainte, tout comme les Juifs, la condition du dhimmi. A l’âge du nationalisme arabe, ils crurent pouvoir desserrer l’emprise de l’empire ottoman puis de la Turquie mais ils furent à nouveau victimes de nombreux massacres.

L’alliage du christianisme, de l’arabité et de la cause palestinienne produit un véritable bouillon de culture théologique qui ne peut manquer de troubler la conscience chrétienne dans la mesure où la dimension de peuple juif, celle qui fut expressément rejetée par les premiers chrétiens, se trouve reconduite à travers l’identité israélienne et croisée avec l’identité arabo-musulmane en guerre avec Israël.

Cet alambic génère aussi toutes sortes de recompositions dans l’identité chrétienne européenne et notamment une nouvelle version de la théologie de la substitution dans laquelle les Palestiniens tiennent le rôle de l' »Israël selon l’esprit », la figure christique, en somme, que la Chrétienté n’a plus la force d’assumer, tandis que l’Etat d’Israël tient le rôle de l' »Israël selon la chair ». Ainsi, la vertu chrétienne rejoint-elle le « salut de « anticolonialisme » de la gauche européenne.

L’OLP a évidemment exploité à fond ce syndrome pour parler aux Occidentaux au point de susciter parfois une véritable mystique, que l’on peut définir comme le « palestinisme ». Avec le centre Sabeel, on voit que cette production idéologique n’est pas le fruit du hasard mais d’une entreprise idéologique très bien structurée, de même que l’est chaque année à Noël, depuis Arafat et Hanan Ashrawi, la fable du « Jésus palestinien ». La députée démocrate au Congrès américain, Ilhan Omar, qui s’est fait connaître par son antisionisme virulent, a twitté récemment « Jésus, né à Bethleem, était probablement un Palestinien à la peau noire »…

La population chrétienne de Betleem qui fut dans le passé une ville majoritairement chrétienne est passée de 86 % de l’ensemble des habitants à 10 % aujourd’hui, notamment sous le gouvernement de l’Autorité Palestinienne. A Gaza, avant le Hamas, en 2006 il y avait 5000 chrétiens à Gaza, ils ne sont plus aujourd’hui qu’environ 1000. De l’autre côté de la ligne de démarcation les chrétiens connaissent une progression démographique. Destins différents des chrétiens, pourtant si peu éloignés.

 

 

Professeur émérite des universités, directeur de Dialogia, fondateur de l'Université populaire du judaïsme et de la revue d'études juives Pardès. Dernier livre paru Le nouvel État juif, Berg international, 2015; en hébreu Gvuloth Auschwitz, Resling, 2016.