Les Éthiopiens israéliens

Présentation en quelques chiffres et repères de la communauté israélienne d’origine éthiopienne, aujourd’hui 1,7% de la population.

 

Sauf indication contraire, les données chiffrées figurant dans cet article proviennent des publications du Bureau Central des Statistiques à la fin 2019.

La population israélienne compte 151.800 citoyens d’origine éthiopienne, soit 1,7% de la population totale.

Parmi eux, 86.900, soit 57% sont nés en Ethiopie,

Et 64.900 soit 43% sont nés en Israël de père né en Ethiopie.

L’alyah

Un tiers des olim d’Ethiopie a immigré au cours des deux principales vagues d’alyah, l’Opération Moshe de 1984 et l’Opération Shlomo de 1991. Au cours des dernières années l’immigration éthiopienne s’est considérablement réduite. En 2018, 208 personnes ont immigré d’Ethiopie, dont 56 avec le statut de nouvel immigrant. La plupart des autres ont immigré dans le cadre de la réunification des familles, conformément à la décision gouvernementale de 2016, concernant les Falashmuras, des communautés de Gondar et d’Addis-Abeba. En 2017, 1.430 personnes ont immigré dans ce même cadre et seulement 160 en 2016. Le 25 février 2020, 43 personnes ont immigré d’Ethiopie, également dans le cadre du regroupement familial. Le gouvernement israélien a annoncé l’arrivée de 360 autres personnes avant la fin 2020.

Répartition par âge

Fin 2018, la population d’origine éthiopienne comptait 27,1% d’enfants de moins de 14 ans, dont 90% sont nés en Israël. La proportion est similaire à celle de la moyenne de la population nationale.

Les plus de 65 ans sont 6,3%, la plupart nés hors d’Israël. La proportion est environ de moitié inférieure à celle de la moyenne nationale (13,6%).

Répartition géographique

45% de la population israélienne d’origine éthiopienne habite dans le centre d’Israël et un quart dans le sud du pays.

La ville de Netanya reste le premier centre de population d’origine éthiopienne. Kyriat Malachi est celle qui a la plus importante proportion de population d’origine éthiopienne. Ci-après liste partielle :

Ville Nombre d’habitants d’origine éthiopienne Proportion par localité
Netanya 11.900 5,5%
Rishon Letsion 8.800 3,5%
Beer Sheva 8.400 4%
Petah Tikva 7.800 3,2%
Rehovot 7.500 5,3%
Ashkelon 7.500 5,3%
Ashdod 7.300 3,3%
Jérusalem 6.300 0,7%
Hadera 5.900 6,1%
Kyriat Gat 5.300 9,7%
Beth Shemesh 4.200 3,6%
Kyriat Malachi 3.800 16,3%
Afula 3.700 7,2%
Yavneh 3.300 7,1%
Tel Aviv 2.800 0,6%

 

Dans certaines localités, la population d’origine éthiopienne se concentre dans des quartiers spécifiques. A Rehovot, le quartier de Kyriat Moshe abrite 3.000 habitants d’origine éthiopienne, soit plus de 56% des habitants du quartier. A Rishon Letsion, le quartier de Ramat Eliahou abrite 2.800 habitants d’origine éthiopienne, soit 52% de la population du quartier.

On retrouve le même phénomène dans plusieurs localités :

Localité

et quartier

proportion d’habitants d’origine éthiopienne
Rehovot

Kyriat Moshe nord

 

56%

 

Kyriat Gat

Paz

 

55,8%

 

Rishon Letsion

Ramat Eliahou nord

 

52,2%

 

Beth Shemesh

Kyriat Ben Eliezer, Ganei Shemesh

 

41,1%

 

Netanya

Neot Shaked (Azorim) est

 

38,2%

 

Kyriat Malachi

Herzl, Weizman, Neveh Or

 

 

37,1%

 

Cette concentration de population par quartiers est principalement la conséquence de la politique d’intégration de l’Etat. Dans les années qui ont suivi les deux grandes vagues d’alyah d’Ethiopie, les olim recevaient une aide à l’achat de logement, assortie d’une subvention. Ensuite, le dispositif a été remplacé par un prêt hypothécaire à taux d’intérêt fixe et ne demandant qu’un faible apport personnel. Mais dans les deux cas, les logements proposés étaient situés dans des quartiers défavorisés et les sommes mises à disposition ne permettaient pas à des ménages sans autre ressource de chercher des appartements dans d’autres localités ou dans de meilleurs quartiers.

Ce système est cohérent du point de vue de la politique d’habitat israélienne, qui privilégie l’accès à la propriété à la location, dont l’encadrement légal reste précaire, tandis que la location sociale encadrée demeure limitée. Mais dans le cas de la population éthiopienne, cela a eu pour effet de développer des enclaves urbaines, rappelant souvent des ghettos, et limitant la mobilité géographique et sociale.

Des politiques de rénovation et de réhabilitation sont en cours, afin de désenclaver ces populations et de favoriser la mixité sociale, mais ils  n’ont pas encore donné de résultats concrets.

Mariages et divorces

En 2017, 87% des mariages des Israéliens d’origine éthiopienne ont été contractés à l’intérieur de la communauté. A 90% pour les hommes et 84% pour les femmes.

Le taux de divorce dans la communauté éthiopienne est plus de deux fois supérieur à la moyenne nationale : en 2016, il était de 19 pour mille chez les olim d’Ethiopie contre 9 pour mille dans le reste de la population juive.

Les Israéliens d’origine éthiopienne se marient plus tard que la moyenne nationale.

Familles

En Israël vivent 31.300 familles d’origine éthiopienne, dont 61% sont composée de couples avec enfants, contre 58% pour la moyenne nationale juive.

En revanche, c’est la communauté éthiopienne qui compte la moyenne la plus élevée de familles monoparentales : 26% contre 13% pour la moyenne nationale juive.

Education

44% des enfants éthiopiens sont scolarisés dans le courant public-religieux. Un pourcentage en recul par rapport à la décennie précédente (56,7% en 2008). A l’inverse, ils sont de plus en plus nombreux à être scolarisés dans le courant public-laïc – 51,5% en 2018 contre 41,3% en 2008.

Si leur scolarisation reste comparable à celle du reste de la population juive, les élèves d’origine éthiopienne ont en revanche une moyenne inférieure de réussite au baccalauréat : 66,2% contre 80,2%. En outre, ils sont moins de la moitié (43%) à obtenir des notes suffisantes pour l’entrée à l’université contre 70,6% pour le reste des bacheliers juifs.

Avec la hausse de la proportion de bacheliers, augmente également le nombre d’étudiants d’origine éthiopienne dans l’enseignement supérieur. Pour l’année universitaire 2018-2019, ils représentaient 1,3% de la population étudiante, contre 0,9% pour l’année 2011-2012.

Les étudiants d’origine éthiopienne étudient majoritairement la gestion et le commerce, les professions paramédicales et les sciences sociales. Ils sont principalement inscrits dans les collèges d’enseignement supérieur (57,8%) plutôt que dans les universités (28,3%).

Les diplômés d’origine éthiopienne sont encore inégalement représentés dans les secteurs d’activité. Ils sont plus de 50% dans les services, le commerce et l’agro-alimentaire, secteurs à salaires généralement bas, et où ceux des diplômés d’origine éthiopienne sont en moyenne à 75% de ceux touchés par les autres salariés. Ils restent par ailleurs largement sous-représentés dans les professions d’architecte, ingénieur, ou dans les métiers de l’édition et des médias (source : rapport BCS, Université de Tel Aviv, 2019). La loi en faveur de l’intégration des nouveaux immigrants dans la fonction publique a par ailleurs permis d’augmenter la représentation des Israéliens d’origine éthiopienne, qui restent cependant totalement absents de 25% des institutions publiques (source : centre d’information de la Knesset, 2019).

Niveau socio-économique

Le revenu mensuel net moyen des ménages d’origine éthiopienne est de 13.306 shékels contre 16.518 shékels pour la moyenne nationale.

En comparaison, la dépense mensuelle moyenne est de 13.020 shékels pour les ménages éthiopiens contre 16.267 shékels pour la moyenne nationale,  soit un écart de 20%.

De plus, les ménages d’origine éthiopienne comptent plus d’individus – 4,3 – que la moyenne nationale – 3,3 – et plus d’apporteurs de revenus – 2- contre 1,5 pour la moyenne nationale.

La communauté éthiopienne est la plus pauvre parmi les groupes de population juive. Elle compte 23% de foyers sous le seuil de pauvreté contre 13% pour la moyenne nationale (source : Adva Center, 2018).

Situation sociale

En 2018, 37,6% des Israéliens d’origine éthiopienne étaient enregistrés par les services sociaux comme titulaires d’une aide : environ 43% pour des carences parentales, 27% pour des problèmes de pauvreté et 1,9% pour addiction et délinquance.

En 2018, les Israéliens d’origine éthiopienne poursuivis au pénal représentaient 6,6% de l’ensemble des dossiers criminels ouverts par les autorités judiciaires et 14,3% des procédures contre des mineurs, soit très au-dessus de leur représentation dans la population. Les mineurs d’origine éthiopienne sont également plus nombreux à faire l’objet d’une condamnation au pénal : 43,4% contre 36,4% pour le reste de la population.

Les cas de violence domestique sont également un facteur qui touche la population immigrante en général et la population éthiopienne en particulier. Entre 2006 et 2017, 42 femmes nouvelles immigrantes ont été tuées par leur conjoint, dont 18 pour la seule communauté originaire d’Ethiopie.

Selon une enquête du Bureau Central des Statistiques réalisée en 2019, 1 Israélien sur 4 estime avoir fait l’objet de discrimination. La proportion grimpe à 53% chez les Israéliens d’origine éthiopienne.

Institutions religieuses

A l’issue d’une longue bataille publique, mais aussi juridique, Israël reconnait depuis 2018 le statut de kès, les prêtres traditionnels du judaïsme éthiopien, dont il autorise la formation dans le cadre du Rabbinat. Jusque-là, les prêtres de la communauté juive éthiopienne faisaient l’objet d’un statut dérogatoire pour ceux qui étaient venus d’Ethiopie et les quelques individus formés en Israël. Ils sont désormais reconnus comme les guides spirituels de la communauté éthiopienne, auprès de laquelle ils peuvent poursuivre leur mission. Autorité religieuse et chefs de communauté, c’étaient les kessim qui avaient guidé et encadré l’alyah des Juifs d’Ethiopie des années 80.

Aujourd’hui, la communauté éthiopienne israélienne compte 21 rabbins et 51  kessim.

 

 

 

 

 

Pascale ZONSZAIN, rédactrice en chef de Menora.info, journaliste. Couvre l’actualité d’Israël et du Proche-Orient pour les médias de langue française. Auteur de nombreux reportages et enquêtes sur les sociétés israélienne et palestinienne.